Le château de Collias est l’une des rares demeures de France dont l’histoire s’étend sur près de mille ans, du XIᵉ siècle jusqu’à sa renaissance contemporaine en 2019. Chaque époque a laissé son empreinte dans la pierre — de la tour médiévale du XIᵉ siècle à la façade classique du XVIIIᵉ, en passant par l’escalier hélicoïdal Renaissance et les plafonds peints par des artistes italiens au début du XIXᵉ siècle.
Des origines antiques
Bien avant la construction du château, le site était déjà habité. La vallée du Gardon, à proximité de la cité romaine de Nîmes et du Pont du Gard, était occupée depuis l’Antiquité. Au Ve siècle, l’écrivain gallo-romain Sidonius Apollinaris mentionne un lieu nommé Colleivacum — que certains historiens rapprochent de Collias. Lors de travaux récents dans l’aile ouest du château, des fragments d’amphores, des tessons de poteries antiques et une pierre romaine provenant d’une stèle dédiée à la déesse Aphrodite ont été découverts, suggérant une occupation du site remontant à plus de deux millénaires.
La tour médiévale du XIᵉ siècle
Au XIᵉ siècle, une tour est construite sur le promontoire rocheux dominant la vallée du Gardon pour surveiller les routes reliant Uzès, Nîmes et la vallée du Rhône. Elle constitue encore aujourd’hui le cœur historique du château, et l’une de ses chambres les plus exceptionnelles, avec sa terrasse panoramique au sommet.
Les guerres de Religion et la Renaissance (1584–1614)
En 1584, la forteresse est prise par les troupes protestantes puis reprise par les catholiques, au prix de l’incendie des toitures. Cette rupture marque le passage d’un château militaire à une résidence aristocratique : des fenêtres à meneaux sont percées, un escalier hélicoïdal monumental en pierre est construit, et un portique portant la date de 1614 est édifié, visible encore aujourd’hui.
Le séjour de Louis XIII (1629)
En 1629, le roi Louis XIII, accompagné du cardinal de Richelieu, séjourne au château lors de sa campagne contre les places protestantes du Languedoc. C’est depuis Collias, resté fidèle au camp catholique, qu’il ordonne la destruction des murailles d’Uzès. La même année est signée la paix d’Alès, mettant fin aux guerres de Religion en France.
L’âge d’or au XVIIIᵉ siècle
La famille Fournier de La Chapelle, enrichie par les plantations de sucre de Saint-Domingue, transforme le château en grande demeure aristocratique. La grande façade classique est construite, les appartements reorganisés et un vaste parc paysager est confié au paysagiste François-Joseph Bélanger, l’architecte de Bagatelle et favori du futur roi Charles X, l’un des introducteurs du jardin pittoresque en France. La Révolution française met brutalement fin à cette période brillante : le marquis de La Chapelle est guillotiné.
Napoléon, Joliclerc et l’affaire Cadoudal
Au début du XIXᵉ siècle, Napoléon Bonaparte acquiert le château et en fait cadeau à François-Xavier Désiré Joliclerc, en récompense de ses services dans le démantèlement du complot royaliste de Georges Cadoudal (1804). Nommé préfet en Italie en 1806, Joliclerc rentre à Collias en 1815 avec des artisans italiens qui ornent le château de plafonds peints, de sols en granito et de baignoires en marbre à robinets de cygne, éléments encore visibles aujourd’hui. Maire du village, il finance de sa propre fortune la construction d’un pont sur le Gardon et demande à être enterré dans la fosse commune du village en 1836.
Le jardin romantique de Numa Ausset (1866)
En 1866, Numa Ausset acquiert le château et confie l’aménagement des jardins au paysagiste J. Cordioux, spécialiste du jardin anglais. Un bassin ornemental, une rocaille, un ruisseau artificiel et des allées sinueuses plantées d’essences rares sont créés devant la façade, décor minutieusement décrit lors d’une visite botanique de la Société d’horticulture du Gard en 1902.
Le déclin et la renaissance (XXᵉ–XXIᵉ siècles)
Vendu à la bougie en 1911, progressivement morcelé au cours du XXᵉ siècle, le château entre dans une longue période de déclin. Au début des années 2000, une aile s’effondre et les toitures sont gravement dégradées. En 2019, Christophe Tailleur et Philippe Huber acquièrent la demeure et entreprennent une restauration complète : reconstruction des parties endommagées, réfection des toitures et des façades, rénovation des 14 chambres et des salons, réaménagement du parc et plantation de 2 000 arbres. Le château devient un hôtel cinq étoiles puis un restaurant gastronomique qui obtient une étoile au Guide Michelin, avant de se consacrer aujourd’hui aux séjours privés et événementiels.